
Un prix imbattable. 970 euros le forfait pose implant-couronne tout céramique au lieu des 2 370 euros de tarif moyen constaté en France. Pour qui a mal aux dents et sait ce que ça peut coûter, le site Internet de Dentexia est particulièrement attrayant.
Dentexia, c’est la promesse de soins dentaires bien moins chers que chez un dentiste libéral. Une nouvelle génération de centres dentaires qui casse les prix du marché. Autrement dit, du low cost qu’on vous met dans la bouche.
C’est un businessman touche-à-tout, Pascal Steichen, qui a lancé le concept il y a deux ans dans l’agglomération lyonnaise. Aujourd’hui, Vaulx-en-Velin, Lyon (rue Tête-d’Or et à Grange-Blanche, dans la maternité privée Natecia) mais aussi Colombes (92), Paris et Chalon-sur-Saône accueillent des centres Dentexia. “On va prochainement en ouvrir à Nice et à Strasbourg. L’idée, c’est un tous les deux mois”, explique Steichen.
Structurée comme une association à but social – “L’accès aux soins dentaires pour tous” –, Dentexia affiche complet. Attirés par les prix défiant toute concurrence, les patients font la queue (1 300 personnes refusées à Lyon, 750 à Paris, faute de places disponibles). Mais il y a un revers à cette médaille.
Calvaire dentaire

Lorsque, sur les conseils de son dentiste “de famille”, Christine Cossey décide d’aller chez Dentexia se faire poser des implants pour remplacer des molaires manquantes, cette coach comportementale de Meximieux ne se doute pas un seul instant de l’enfer qu’elle va vivre. Un enfer qui dure depuis deux ans et se terminera, dans les prochains mois, par une chirurgie maxillo-faciale. Le plan de traitement que Dentexia lui présente préconise l’extraction de huit dents, la pose de sept implants, avant la mise en place de prothèses. Trois mois plus tard, une partie de ses implants tombe. On les lui remet, mais rien n’y fait : l’os qui maintient les dents, donc potentiellement les implants, s’est totalement résorbé. S’ensuivent de violentes douleurs dans les mâchoires, des nausées régulières, des évanouissements chroniques. “J’avais le visage complètement violacé, on m’a dit que c’était le choc de l’opération !”
Les dentistes de Dentexia lui fabriquent alors un dentier provisoire. Inadapté, il ne tient pas. Christine Cossey est contrainte de le recoller plusieurs fois par jour, avec une colle qui lui détraque l’estomac. Elle en fait part à plusieurs reprises au centre dentaire, qui lui oppose une fin de non-recevoir. “Aujourd’hui, je ne mange que des algues en poudre, diluées dans de l’eau. Parfois, je m’évanouis, car je n’ai plus aucune force. Dentexia m’a charcuté la bouche !”
“Dentexia a forcé sur la dose”
Entretemps, Bernard Chapotat, docteur en chirurgie dentaire, l’expertise. “Si on ne peut pas affirmer qu’il y ait eu “mutilation”, en revanche, ce qui est sûr, c’est que ça n’a pas été fait dans les règles de l’art ! Autrement dit, Dentexia a un peu forcé sur la dose. Le plan de traitement n’était pas bon. C’estcomme si vous aviez un panaris et qu’on vous coupait la main ! Dans ce contexte, la tentation est grande de réaliser des “surtraitements” comme l’extraction des dents de cette patiente, pour mettre en place un plus grand nombre d’implants.” Et doper le devis, qui s’élève à plus de 7 000 euros.
Pour reconstituer les zones où le déficit osseux est trop important, Christine Cossey doit passer sur le billard : on va lui “détacher” le maxillaire (sur les bords duquel sont implantées les dents) au niveau du crâne, prélever de l’os au niveau de la hanche qui sera greffé dans la mâchoire. Dix mois d’opérations au bas mot, entre la cicatrisation osseuse, les greffes gingivales, le port d’une prothèse provisoire et la pose définitive d’une armature métallique sur laquelle seront fixées des dents en résine. Si l’opération est complexe, elle est aussi coûteuse. Lors d’une convocation, le 20 février dernier, les avocats de Dentexia ont préféré payer le prix de l’opération (près de 16 000 euros), en contrepartie de l’abandon de toute poursuite judiciaire, explique le conseil de l’ordre départemental. La patiente a accepté, pour “mettre un terme à [son] calvaire”.
Mais le cas de Christine Cossey n’est pas isolé.